Ce que l’OFS a publié le 25 août
Avec les comptes nationaux 2025, l’Office fédéral de la statistique a mis à disposition la série longue du revenu disponible et de l’épargne des ménages, de 1995 à 2025.
Le revenu disponible corrigé par habitant s’établit à 65 124 francs en 2025, niveau le plus élevé de toute la série. Il était de 40 083 francs en 1995, ce qui représente une progression de près de 36 % une fois l’inflation prise en compte.
Le taux d’épargne suit la même pente. Le taux global atteint 27,4 % du revenu disponible brut corrigé, contre 19,6 % trente ans plus tôt. Le taux volontaire, celui qui compte pour un particulier, passe de 9,7 % à 19,3 %, soit presque le double, et là encore la valeur la plus haute de la série.
Traduit en francs, une personne résidant en Suisse a mis de côté près de 18 000 francs en 2025, dont environ 12 600 francs d’épargne volontaire.
La distinction qui change la lecture
Les deux taux ne mesurent pas la même chose, et confondre les deux fausse tout raisonnement.
Le taux global inclut les prélèvements obligatoires liés à la prévoyance. Cette part est de l’épargne au sens comptable, mais elle n’est pas disponible : elle alimente un avoir de vieillesse que vous ne pilotez pas librement.
Le taux volontaire, lui, mesure ce qui reste réellement après la consommation et ces prélèvements. C’est cette part que vous arbitrez : compte d’épargne, troisième pilier, titres, remboursement anticipé d’une hypothèque, apport pour un achat immobilier.
Un effet de pandémie qui ne s’est pas résorbé
Le tournant de la série se situe au moment des restrictions sanitaires. L’épargne des ménages a mécaniquement augmenté quand la consommation était contrainte, ce qui n’a rien de surprenant. Ce qui l’est davantage, c’est qu’elle n’est pas redescendue à ses niveaux antérieurs une fois la crise terminée.
Le contexte macroéconomique de la même publication éclaire ce comportement sans l’expliquer complètement. Le produit intérieur brut suisse a progressé de 1,6 % en 2025 aux prix de l’année précédente, la demande intérieure de 2,5 %, les investissements de 3,5 %. Les dépenses de consommation finale des ménages ont augmenté de 1,7 % après 2,1 % en 2024, tirées par la santé, les transports et la restauration.
Ce que cette moyenne ne dit pas
Trois précautions s’imposent avant de se comparer à ce chiffre.
C’est une moyenne nationale par habitant, pas une médiane. Aucune ventilation par canton, par âge, par tranche de revenu ou par type de ménage n’accompagne la publication, donc rien ne permet de situer un ménage donné par rapport à ce chiffre. Un ménage locataire avec enfants dans un canton cher ne se reconnaîtra pas dans les 18 000 francs.
La statistique ne dit rien non plus de la destination de cette épargne. Elle mesure un flux annuel, pas un stock : ni le patrimoine net des ménages, ni leur endettement n’y figurent.
Enfin, la hausse des loyers, des primes d’assurance maladie et des autres dépenses contraintes continue de peser sur de nombreux ménages, un rappel que font les reprises de presse de cette publication, sans le chiffrer.
Ce qu’il y a à en tirer
Le chiffre utile n’est pas la moyenne, c’est la distinction qu’elle rend visible. Une part importante de ce que les statistiques appellent votre épargne ne vous appartient pas au sens où vous en disposez : elle est immobilisée dans la prévoyance professionnelle jusqu’à l’âge de référence, sauf cas de sortie précis.
Le premier réflexe utile est donc de faire cette séparation chez vous. D’un côté ce qui part en cotisations et alimente un capital piloté par une caisse. De l’autre ce que vous décidez chaque mois. C’est sur la seconde colonne, et sur elle seule, que se joue un arbitrage entre liquidité, fiscalité et rendement.