monpatrimoinesuisse.ch

Le guide

Rente AVS : combien vous toucherez vraiment à la retraite

Une rente AVS complète ne dépasse pas 2 520 francs par mois, quel qu'ait été votre salaire. Pour un couple, la somme des deux rentes est plafonnée plus bas encore. C'est le socle sur lequel se construit toute la suite, et la première chose à connaître avant de parler de niveau de vie.

Par Elio Brunet Publié le 21 août 2026 Lecture : 9 minutes
Un couple de sexagénaires consulte des documents à la table de leur cuisine, une tasse de café posée à côté

L'essentiel en 30 secondes

  • Une rente AVS complète va de 1 260 à 2 520 francs par mois : le maximum est le double du minimum, jamais davantage.
  • Pour un couple marié, la somme des deux rentes ne peut pas dépasser 150 % de la rente maximale. Deux carrières pleines ne donnent pas deux rentes pleines.
  • Le montant dépend du revenu annuel moyen et des années de cotisation. Une seule année manquante réduit la rente d'environ un quarante-quatrième.

Une rente plafonnée, pas proportionnelle au salaire

La première chose à comprendre sur l’assurance-vieillesse et survivants est aussi la plus contre-intuitive : la rente du premier pilier, le 1er pilier de la prévoyance suisse, n’est pas un pourcentage de votre dernier salaire.

Pour une personne présentant une durée de cotisation complète, une rente de vieillesse ordinaire est comprise entre 1 260 et 2 520 francs par mois, montants en vigueur en Suisse au 1er janvier 2026 selon l’OFAS. Le montant maximum vaut exactement le double du montant minimal, et rien ne permet de le dépasser. En francs, l’écart entre une petite retraite et la meilleure retraite possible du premier pilier est donc de 1 260 francs par mois, la différence exacte entre le montant minimal de 1 260 francs et le montant maximum de 2 520 francs, pas davantage.

La conséquence est mécanique. Un salarié qui gagnait 60 000 francs par an touchera, s’il atteint le montant maximum, environ la moitié de son revenu à la retraite. Un cadre à 180 000 francs touchera moins d’un cinquième du sien. Plus le revenu était élevé, plus la chute est brutale au moment de la retraite, parce que le plafond, lui, ne bouge pas.

C’est cette dégressivité qui explique l’architecture du système des trois piliers suisse. Dans ce système des trois piliers, le premier pilier assure un socle vital, le deuxième pilier prend le relais sur le salaire assuré, et la prévoyance individuelle comble ce qui reste. L’assurance-vieillesse et survivants n’a jamais eu pour but de maintenir un niveau de vie à elle seule : c’est le rôle de la prévoyance vieillesse dans son ensemble.

Ce qui détermine votre montant

Deux facteurs, et deux seulement, placent votre rente individuelle à l’intérieur de la fourchette.

Le revenu annuel moyen déterminant. Il ne s’agit pas de votre dernier salaire. L’Office fédéral des assurances sociales, l’OFAS, définit ce revenu déterminant comme la somme de trois éléments : la moyenne des revenus de l’activité lucrative, la moyenne des bonifications pour tâches éducatives et la moyenne des bonifications pour tâches d’assistance. Les revenus de l’activité lucrative sont additionnés jusqu’au 31 décembre précédant l’ouverture du droit, puis revalorisés, parce qu’un salaire des années 1990 ne pèse pas le même poids qu’un salaire d’aujourd’hui en francs constants.

Ces bonifications pèsent lourd dans une carrière interrompue. Les tâches éducatives concernent les années passées avec des enfants de moins de 16 ans ; les tâches d’assistance, la prise en charge de proches nécessitant des soins. Sans elles, le revenu déterminant d’un parent au foyer s’effondrerait.

Ces revenus sont inscrits sur votre compte individuel, tenu par votre caisse de compensation. C’est le document de référence, et le seul moyen de vérifier ce que la caisse de compensation a réellement enregistré à votre nom.

Les années de cotisation. Elles courent de l’année de vos 21 ans jusqu’à l’âge de référence, soit 44 années de cotisation pour une carrière pleine. C’est l’échelle 44, celle qui ouvre la rente complète. Chaque année manquante fait basculer sur une échelle inférieure et réduit la rente d’environ un quarante-quatrième, soit un peu plus de 2 % par année.

Le raisonnement vaut pour les salariés comme pour les indépendants. Il vaut aussi pour les personnes sans activité lucrative, qui restent tenues de cotiser : un conjoint sans activité lucrative dont le partenaire cotise suffisamment est réputé avoir payé ses propres cotisations, mais une personne seule sans activité lucrative doit s’annoncer à sa caisse de compensation.

Les lacunes de cotisation, et ce qui permet de les combler

Les cotisations manquantes sont la première cause d’écart entre la rente espérée et la rente réelle. Les causes de ces lacunes de cotisation sont banales : des études prolongées, un séjour à l’étranger sans cotisation volontaire, une année sabbatique, une arrivée tardive en Suisse, ou un employeur qui n’a pas annoncé un salaire à la caisse de compensation.

Deux mécanismes atténuent le problème.

Les années de jeunesse. Les périodes de cotisation accomplies entre 18 et 20 ans peuvent être prises en compte pour combler des lacunes de cotisation ultérieures. Un premier emploi d’apprenti déclaré par l’employeur, ou un job d’été, peut donc servir vingt ans plus tard.

Le rachat de cotisations manquantes. Les cotisations non versées peuvent être réclamées tant que le délai de prescription de cinq ans n’est pas écoulé. Ce rachat de cotisations n’est donc possible que sur une fenêtre courte : passé ce délai, la lacune est définitive et se paie sur toute la durée de la retraite. Les cotisations manquantes plus anciennes ne se rattrapent pas.

D’où la seule action réellement utile avant 60 ans : demander un extrait de son compte individuel à sa caisse de compensation et vérifier, année par année, ce qui y figure. Un employeur défaillant se repère là, et nulle part ailleurs.

Le plafonnement du couple, la règle qui surprend le plus

Deux personnes mariées ayant chacune une carrière complète ne touchent pas deux fois le montant maximum.

La somme des deux rentes individuelles d’un couple marié ne peut pas dépasser 150 % de la rente maximale. Si le calcul de chaque rente individuelle donne davantage, les deux sont réduites proportionnellement jusqu’à revenir sous ce plafond. Concrètement, une rente de couple ne dépasse pas 3 780 francs par mois à deux, là où deux personnes non mariées au parcours identique toucheraient jusqu’à 5 040 francs. Cette rente de couple plafonnée est le principal désavantage financier du mariage à la retraite.

L’état civil pèse donc directement sur le revenu de retraite, et la règle vaut aussi pour le partenariat enregistré. Le concubinage, lui, échappe au plafonnement : deux concubins conservent chacun leur rente individuelle entière. C’est le seul cas où l’état civil joue en faveur du ménage.

Ce plafonnement connaît des exceptions. Il ne s’applique pas lorsque le ménage commun a été dissous par une décision judiciaire. Il peut ne pas jouer lorsque l’un des conjoints perçoit une rente d’invalidité avec un taux inférieur à 50 %, ou lorsque l’un anticipe une partie de sa rente et que la somme reste sous la limite. Les rentes pour enfant versées en plus des rentes individuelles sont elles aussi plafonnées.

Le splitting : ce que le mariage et le divorce changent

C’est le mécanisme le moins connu du 1er pilier, et il modifie les montants des deux conjoints.

Le partage des revenus, ou splitting, consiste à répartir les revenus réalisés pendant les années civiles de mariage et à en attribuer la moitié à chacun des époux. Une carrière interrompue pour élever des enfants ne se traduit donc pas par une rente individuelle proportionnellement amputée : par ce partage des revenus, la moitié des revenus du conjoint qui travaillait vient s’y ajouter pour ces années.

Le partage des revenus n’est pas permanent, il est déclenché par un événement précis : la dissolution du mariage par le divorce, le moment où les deux conjoints atteignent l’âge de référence, celui où une veuve ou un veuf atteint l’âge de référence ou acquiert le droit à une rente d’invalidité, ou encore le cas où les deux conjoints ont droit à une rente d’invalidité. Au divorce, chacun repart donc avec la moitié des revenus du couple pour les années de mariage.

Deux précisions utiles. Tant qu’un seul des conjoints a droit à une rente de vieillesse, les revenus ne sont pas encore partagés : les deux rentes sont recalculées lorsque l’autre atteint l’âge de référence. Et les revenus réalisés après l’âge de référence ne sont plus partagés.

La 13e rente de vieillesse, depuis 2026

Le changement le plus récent du 1er pilier est entré en vigueur cette année.

À partir de 2026, tous les bénéficiaires d’une rente de vieillesse touchent une rente mensuelle supplémentaire au mois de décembre. Le versement prend la forme d’un supplément à la rente de décembre, et non d’un treizième versement réparti sur l’année.

Trois précisions comptent. La 13e rente correspond à un douzième de votre rente de vieillesse annuelle, arrondi au franc près. Son calcul précis n’est possible qu’en décembre, puisque le montant de la rente peut être modifié en cours d’année. Enfin, ce supplément ne concerne que les rentes de vieillesse : les rentes de survivants, les rentes d’invalidité et les rentes pour enfant continuent d’être versées douze fois par an.

Ce qui change au décès du conjoint

Le veuvage modifie la rente de vieillesse dans deux directions opposées, et le résultat net est presque toujours favorable.

D’un côté, le plafonnement de la rente de couple n’a plus de raison d’être et disparaît : la rente individuelle est recalculée sans lui. De l’autre, un supplément de rente de veuvage de 20 % est ajouté à la rente ainsi recalculée. Ce supplément de rente n’est toutefois octroyé que jusqu’à concurrence du montant maximum de la rente de vieillesse : il ne permet pas de dépasser le plafond individuel.

Si vous remplissez simultanément les conditions d’une rente de vieillesse et d’une rente de survivants, c’est la plus élevée des deux qui vous est versée, jamais les deux cumulées.

Ce que la rente AVS ne couvrira pas

Le calcul est vite fait, et c’est là que se joue la vraie décision de prévoyance vieillesse.

Une rente de couple au plafond, c’est 3 780 francs par mois. Une personne seule au montant maximum touche 2 520 francs, et une carrière incomplète descend vers le montant minimal de 1 260 francs. Face à cela, un loyer romand, les primes d’assurance maladie, les impôts et les charges courantes ne diminuent pas au moment de la retraite. Pour la plupart des ménages en Suisse, le 1er pilier couvre une partie du budget de retraite, rarement plus de la moitié.

L’écart se comble avec le deuxième pilier, le 2e pilier, dont la rente dépend du salaire assuré et du taux de conversion de votre caisse de pension, avec le 3e pilier et avec l’épargne constituée. Encore faut-il connaître le montant de cet écart en francs, ce qui suppose de partir de votre situation réelle plutôt que d’une moyenne suisse. En Suisse, cet écart se chiffre le plus souvent en milliers de francs par an.

Les trois vérifications à faire avant de calculer

Demandez votre extrait de compte individuel. Il liste les revenus enregistrés année par année et révèle les lacunes de cotisation, qui peuvent parfois être comblées si elles datent de moins de cinq ans. C’est gratuit et cela se demande à votre caisse de compensation.

Regardez votre situation de couple. Mariage, divorce, partenariat enregistré et concubinage ne produisent pas les mêmes rentes, entre le plafonnement de la rente de couple et le partage des revenus. Un projet de mariage ou de divorce à 60 ans a des effets chiffrables sur le revenu des vingt années de retraite suivantes.

Situez votre date de départ à la retraite. L’âge de référence est de 65 ans, avec un calendrier particulier pour les femmes de la génération transitoire nées entre 1961 et 1969, la génération transitoire d’AVS 21 dans le cadre de la réforme AVS 21. Cette réforme AVS 21 a aussi introduit la retraite à la carte. Une retraite anticipée réduit la rente à vie, et le coût de cette retraite anticipée se compte en pourcentage définitif, un ajournement l’augmente : ces deux décisions font l’objet des pages qui suivent. Elles se prennent en regardant le 1er pilier et le 2e pilier ensemble, jamais l’assurance-vieillesse et survivants seule.

Le bilan patrimonial met ces trois éléments côte à côte, à partir de vos chiffres et non d’une moyenne. C’est le seul moyen de savoir ce que votre retraite vaudra réellement.

Vos questions

Quelle est la rente AVS maximale en 2026 ?

2 520 francs par mois pour une personne seule présentant une durée de cotisation complète. La rente minimale d'une carrière complète est de 1 260 francs. Ces montants sont valables au 1er janvier 2026 : ils sont réexaminés périodiquement par le Conseil fédéral en fonction de l'évolution des salaires et des prix.

Quelle est la rente AVS maximale pour un couple marié ?

La somme des deux rentes individuelles ne peut pas dépasser 150 % de la rente maximale, soit 150 pour cent d'un montant maximum de 2 520 francs, soit 3 780 francs par mois. Si le calcul individuel des deux conjoints donne davantage, les deux rentes sont réduites proportionnellement. Ce plafonnement ne s'applique pas aux couples non mariés, qui touchent chacun leur rente entière.

Pourquoi ma rente AVS est-elle inférieure au maximum ?

Deux causes possibles, souvent cumulées. Soit votre revenu annuel moyen déterminant est inférieur au seuil qui ouvre la rente maximale, soit il vous manque des années de cotisation. Chaque année manquante entre 21 ans et l'âge de référence réduit la rente d'environ un quarante-quatrième, et les années d'études ou passées à l'étranger sont les lacunes les plus fréquentes.

Les enfants donnent-ils droit à un supplément de rente AVS ?

Oui. Une rente pour enfant est versée pour chaque enfant de moins de 18 ans, ou de moins de 25 ans s'il est encore en formation. Elle s'élève à 40 % de la rente de l'ayant droit, soit 504 à 1 008 francs par mois, et elle est elle aussi soumise au plafonnement du couple.

Et pour votre dossier, ça donne quoi ?

12 questions, votre estimation à la fin, et un bilan offert si vous le souhaitez.

Commencer le test