Qui impose le salaire d’un frontalier ?
L’impôt du frontalier obéit à deux régimes, selon le canton d’emploi. À Genève, l’employeur prélève en règle générale un impôt à la source directement sur le salaire. Dans les cantons de l’accord franco-suisse de 1983, Vaud, le Valais, Neuchâtel, le Jura, Berne, Soleure et les deux Bâle, le salaire est en règle générale imposé en France, à condition d’un retour régulier au domicile.
Cette ligne de partage décide de qui prélève, de ce que vous déclarez et des marges de manœuvre qui vous restent. Ce qu’elle entraîne sur l’assurance maladie, la prévoyance ou le chômage est posé dans le panorama complet du statut de frontalier ; ici, on entre dans le détail du fonctionnement fiscal des deux régimes.
À Genève : un impôt retenu avant que le salaire arrive
À Genève, l’impôt à la source accompagne la fiche de paie : l’employeur calcule la retenue, la déduit du salaire et la reverse à l’administration fiscale cantonale. Le frontalier perçoit un revenu déjà net d’impôt suisse, sans acompte à provisionner ni déclaration genevoise à remplir dans le cas général.
Le calcul repose sur des barèmes standardisés : à chaque situation correspond un barème, qui tient compte de l’état civil, des charges de famille et de l’éventuelle activité du conjoint. Ces barèmes intègrent des déductions forfaitaires moyennes, pour les frais professionnels, les primes d’assurance ou les cotisations, calées sur une situation type plutôt que sur vos dépenses réelles.
C’est la limite du système : un frontalier dont les charges effectives dépassent nettement ces forfaits, trajets longs, intérêts d’un emprunt, rachats de prévoyance, paie un impôt calculé sur une base plus large que sa situation réelle. Le statut de quasi-résident à Genève permet, sous conditions, de faire recalculer l’impôt sur les déductions effectives ; la demande se renouvelle chaque année, dans les délais, et engage pour l’année entière, que le résultat soit favorable ou non.
Dans les cantons de 1983 : le salaire se déclare en France
Dans les cantons signataires de l’accord de 1983, la mécanique s’inverse. L’employeur ne retient en règle générale aucun impôt suisse sur le salaire d’un frontalier qui regagne régulièrement son domicile : la rémunération arrive brute d’impôt, et c’est la déclaration de revenus française qui prend le relais.
Le salaire suisse y est traité comme un salaire : il se convertit en euros, s’ajoute aux autres revenus du foyer et supporte le barème progressif français. La conversion ne se fait pas au cours du jour de votre choix : l’administration fiscale fixe la règle de change applicable aux revenus de l’année, et c’est ce taux de référence qui s’applique à la déclaration.
Conséquence pratique : l’impôt n’étant pas retenu par l’employeur, il se paie côté français, en règle générale sous forme d’acomptes calculés sur la base de la dernière situation déclarée. Un frontalier qui vient de commencer dans le canton de Vaud ou du Valais a donc intérêt à provisionner dès les premiers salaires, plutôt que de découvrir l’addition un an plus tard.